21 octobre 2006
Indigènes et la mémoire française.
Quelques mots pour dire que, plus jeune, j'ai fréquenté plusieurs collèges & lycées, aussi bien publics que privés. Tous les professeurs d'Histoire chargés de nous enseigner la période illustrée par le film Indigènes ont rendu compte, de façon exhaustive, de la participation des troupes africaines et maghrébines au sein de l'armée de libération et des discriminations insupportables dont ils furent les victimes.
De façon plus large, l'école française m'a appris l'empire colonial français, sans en négliger aucune part d'ombre : l'exploitation, la ségrégation, l'absence de démocratie, puis la torture. Tant et si bien qu'à 13 ou 14 ans, je pouvais débattre, indigné, avec d'honorables octogénaires nostalgiques du "bon vieux temps des colonies" et de son hypocrisie civilisatrice.
Pour autant, étant né presque vingt ans après la fin de la décolonisation, je ne me sens pas du tout, mais alors vraiment pas du tout, honteux ou responsable de ces horreurs. Cela va de soi.
Par contre, ce qui motive ces lignes, c'est un agacement croissant face à ce mouvement très médiatique qui prétendrait révéler à la France un passé supposément enfoui, dissimulé : La France, patrie des Droits de l'Homme, a un casier judiciaire historique très chargé : Le drâme serait qu'on ne le sache pas. Mais on le sait. L'école de la République, accessible à tous, l'enseigne, librement, depuis longtemps. Pour peu qu'on l'écoute. La France ne se ment pas. Les historiens, les universitaires, les professeurs, les artistes, beaucoup de journalistes, en sont les témoins actifs.
En revanche, le bât blesse lorsque cette même France, dans sa frange la plus fragile, n'a plus la possibilité d'écouter ou d'entendre les professeurs d'Histoire. Lorsque l'air du temps (ou plus profond encore) fait du cours d'Histoire, et des autres enseignements, une absurdité, un sketch. Lorsque le jeune citoyen découvre l'Histoire, sa possible identité, dans une interview de dix minutes, entrecoupée de publicités, où il entend on t'a menti, la vérité est ailleurs. Mais elle n'est pas loin, la vérité. C'est l'air du temps (ou plus profond encore) et/ou ta misère sociale qui t'en ont privé. Ou qui t'ont privé du goût de la vérité, et des menus sacrifices qu'il exige.
Alors, faut-il être
stupide pour croire un seul instant que Jacques et/ou Bernadette Chirac
ont pris conscience de quoi que ce soit en voyant le film Indigènes ?
- Oui.
Ils
n'ignorent rien du passé colonial de la France. Ils n'ignorent rien de
l'inacceptable traitement des vétérans africains. Ils n'ignorent rien
du fait que l'augmentation tardive des pensions des quelques rares
survivants à ce jour (60 ans plus tard...) est un joli coup politique;
synchrone avec ce film - par ailleurs - respectable.